Interview avec la fondatrice de l’école vivante

stefanie kinder unterricht
 Itto Mouzoun avec les premiers élèves 2010  

Interview avec Stefanie-Itto Tapal-Mouzoun, entrepreneure sociale, co-fondatrice et directrice pédagogique de l’école vivante.
Interview fait par Amine Laqsiouar de Globatatlax.com
COMMENT VOUS EST VENUE L’IDÉE DE CRÉER UNE ÉCOLE PRIMAIRE/COLLEGE DANS LA VALLÉE D’AIT BOUGUEMEZ ?

L’idée nous est venue face à la réalité de la situation des écoles publiques ici et en réponse à la question : comment scolariser nos propres enfants. Nous avons fait connaissance d’une école libre en Suisse, nous sommes devenus amis avec les fondateurs et tombé amoureux de leur pédagogie exhaustive et humaine.

Alors ça a été la graine d’une fructueuse collaboration et le commencement de notre aventure de création d’une école dans le Haut Atlas marocain.
Nous avons d’abord pensé construire exclusivement une crèche/maternelle, mais les choses se sont bien développées bien et nous avons décidé de réponde à l’immense besoin de projets d’éducation dans cette zone rurale et éloignée.

Plus d’éléments de notre histoire sur notre site web ici : 1 & 2.

Les démarches administratives ont pris presque trois ans avant de pouvoir ouvrir l’école primaire. Au début, vu que nous n’avions pas de financement, nous avons transformé deux chambres de notre maison en salles de classe. Maintenant ça fait plus que cinq ans que l’École Vivante accueille des enfants de la vallée des Ait Bouguemez dans un bâtiment officiel.
Actuellement nos élèves les plus âgés sont en train de se préparer pour les examens finaux du primaire et nous sommes en train de finir la construction des bâtiments pour le collège. Car nous allons continuer le chemin d’apprentissage exhaustif, par une volonté commune des élèves, des parents et de nous-même pour que les élèves puissent se développer entièrement et selon leurs talents jusqu’à leur maturité.
SUIVEZ-VOUS DES METHODOLOGIES D’APPRENTISSAGE DIFFÉRENTES DE L’ENSEIGNEMENT CLASSIQUE?

Oui, tout à fait !
Déjà, une des grandes différences de notre pédagogie est l’approche non-violente, à tous les niveaux. En effet, nous mettons un point d’honneur à ne pas punir les élèves par la violence, ni corporelle, ni verbale, ni morale. Aussi, accordons-nous beaucoup d’importance à la communication paisible et au dialogue mutuel : nous faisons appel à la compréhension, à la responsabilité et à l’auto-responsabilité de chacun. Nous sommes toujours en pleine phase d’apprentissage, car ça ne ressemble pas à la réalité qu’on connaît hors de l’école vivante : la manière de travail en classe, les cours, les méthodes sont très différentes.

Nous croyons que l’apprentissage ne se passe pas seulement dans les livres, au tableau noir et dans les cahiers. En effet, nous faisons la liaison entre les matières et nous les mettons toutes en pratique, en les mettant en relation avec la réalité, les besoins et l’intérêt des élèves.
Nous suivons le programme officiel du Ministère de l’éducation Nationale, mais nous le revisitons avec nos méthodes, toujours en petits groupes pour pouvoir répondre aux défis individuels.
Un grand challenge auquel nous devons faire face chaque jour est que la langue maternelle des élèves est le Berbère, alors que les cours à l’école doivent être se dérouler en Arabe et en Français, qui sont des langues étrangères pour la plupart des enfants. Nous avons donc établi un apprentissage immersif des langues.

Je vous laisse découvrir plus d’élements sur l’école, notre concept pédagogique, nos principes d’éducation et les caractéristiques de notre école directement sur notre site Web.
QUELS SONT LES FRAIS DE SCOLARITÉ ? PENSEZ-VOUS QU’ILS BLOQUENT L’INSCRIPTION DE CERTAINS ÉLÈVES ?

Les frais de scolarité sont de 250Dhs par mois, pour ceux qui ont les moyens.

Cela dit, nous avons plus de 20% des élèves qui viennent d’une situation plus pauvre et qui ne payent rien. Leur scolarité est payée par une bourse (des dons par les parrains privés européens)
Il faut préciser que les frais que les élèves payent, ne couvrent pas la totalité des coûts qui s’élèvent à environ 1200Dhs par mois et par enfant.

Nous ne nous positionnons pas du tout comme une école d’élite, et nous sommes ouvert à tous. Nous sommes un lieu qui présente de nouvelles chances pour tous ceux qui sont intéressés et prêts à prendre de nouveaux chemins d’éducation.
Je voudrais préciser que nous nous occupons même des enfants avec un handicap auditif. Nous les incluons en classe et nous travaillons avec eux spécialement l’apprentissage de la langue des signes et l’orthophonie avec l’aide de professionnels européens.
QUELS SONT LES ARGUMENTS QUE VOUS PRÉSENTEZ À VOS DONATEURS ? ET POURQUOI PENSEZ-VOUS QU’ILS VOUS CHOISISSENT ?

L’éducation donne la base à la future génération, alors quel investissement pourrait être plus important qu’une éducation qui aide à chacun de trouver sa place en monde, selon ses talents, avec un esprit responsable envers la communauté et avec des compétences diverses ?
Surtout avec la situation politique actuelle, marquée par une certaine instabilité dans les pays Arabes, et la dépression des jeunes sans avenir, une bonne éducation est très importante. Une éducation qui mène vers l’auto-responsabilité et qui ouvre les possibilités d’un avenir professionnel, qui donne la chance aux jeunes de trouver leur place et de se rendre compte de leur devoir envers leur patrie,  au lieu de s’enfuir en Europe en tant que clandestins.
AVEZ-VOUS REÇU DES AIDES DE L’ETAT SOUS FORME DE SUBVENTIONS OU AUTRE SUPPORT ? NOTAMMENT PAR RAPPORT AU TRANSPORT DES ÉLÈVES DE COMMUNES LOINTAINES ?

Non, jusqu’à maintenant tous nos couts sont couverts par les dons privés.

Nous ne sommes pas soutenus par l’état, ce qui nous pose souvent des soucis pour trouver un financement régulier et un garantir un développement du projet sécurisé à long terme.
PRIVILÉGIEZ-VOUS LE RECRUTEMENT D’ENSEIGNANTS DE LA REGION ? LES FORMEZ-VOUS ? AVEZ-VOUS DU MAL À RECRUTER DES ENSEIGNANTS ?

Oui. Les gens d’ici connaissent les besoins, les coutumes, la langue des enfants des montagnes et ils sont habitués de vivre en montagne, ce qui est souvent très difficile pour les personne de ville ou d’ailleurs, surtout en hiver.

Nous formons tous nos instituteurs continuellement, dans la pédagogie, dans le comportement non-violent et dans autre domaines liés à l’éducation et au développement personnel, ici : nous apprenons tous, tout le temps.

Il nous arrive d’avoir du mal à trouver des enseignants avec un savoir et des compétences de haut niveau dans certaines matières ; et c’est difficile de trouver des gens avec une attitude amicale, un cœur ouvert, prêt à vivre cette pédagogie humaine à l’écoute des élèves.
Mais ‘alhamdulillah’, jusqu’à maintenant nous avons toujours trouvé le personnel et nous avons actuellement une équipe très capable et très compétente, tous de la région, enrichit par des stagiaires et volontaires de l’Europe.
ORGANISEZ-VOUS LA VIE DES ENSEIGNANTS HORS DE L’ÉCOLE ? AVEZ-VOUS UNE STRATÉGIE DE RÉTENTION DE VOS ENSEIGNANTS ?

L’école vivante est un lieu d’apprentissage pour tous. Nous savons qu’un bon travail peut être seulement donné sous de bonnes conditions et si la satisfaction personnelle et des chances de pouvoir se développer sont données à chacun.
Alors ici, nous essayons de servir chaque personne qui travaille chez nous, de répondre aux besoins professionnels mais aussi personnels.
Nous offrons un bon lieu et du très bon matériel de travail, nous répondons de manière flexible aux situations pour faciliter la vie pour chaque collègue ; nous établissons une atmosphère joyeuse et des relations d’équipe amicales ; nous essayons de payer un bon salaire tout en cotisant pour la sécurité sociale ; les employés ont tous la chance d’apprendre, de se former, pour réaliser leurs rêves et leurs souhaits. Il nous arrive même de leur sponsoriser des voyages en Europe dans le cadre d’échanges professionnels afin de pouvoir être un bon exemple et pour faire de leur mieux au quotidien.
QUELLES SONT VOS AMBITIONS POUR L’AVENIR ?

De continuer la création et de faire vivre ce lieu d’apprentissage, de lumière, d’échange, de respect et de paix. De développer un campus d’éducation, de rassembler des gens d’ici pour les solutions de protection d’environnement, et de donner encore plus d’offres au grand public, notamment à la jeunesse de la vallée.

Nous souhaiterions permettre à un maximum de personnes dans la vallée de s’ouvrir vers le monde tout en préservant leurs valeurs et leurs traditions. Nous souhaitons un endroit de rencontres, de formation, d’encouragement et de développement. Un endroit qui veille sur les coutumes et les traditions de la vallée et de ses habitants. Un endroit qui favorise l’échange interculturel et s’ouvre sur le monde avec de nouvelles possibilités.

itto malika

 

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